Chapitre 1 – La Peur

 

Il était une fois une toute petite crainte, à peine une ébauche. La crainte de la douleur… elle était très très ancienne !! Aussi ancienne que l’Humanité. Aussi ancienne que Sapiens-Sapiens. Elle était d’ailleurs une compagne de chaque instant. Tellement là qu’elle en devint invisible !!!

1000 ans, 10 000 ans, 300 000 ans passés aux côtés des Hommes et ceux-ci l’avaient pourtant presque oubliée !!! Tristesse, désoeuvrement, …

Alors elle décida de se réinventer. Et quelles meilleures alliées espérer que les pensées pensantes du Sapiens ? Ce mental fécond, imaginatif ? Cet égo prédisposé à se démesurer ?

Il y a peu au regard du temps et avec l’aide de quelques hommes attirés par le pouvoir illusoire, elle décida de transformer tout cela en outils ineptes et absurdes.

 

 

Episode 1 – La Peur qui cherche le sommeil

 

Je suis dans ma cuisine, il fait nuit, j’ai perdu le sommeil. Comme d’habitude. Trop de nuits blanches.

 

J’ai des yeux de pandas. Je le vois dans le miroir le matin et même mes collègues osent me le faire remarquer. Un zombie la journée, hyperactif la nuit.

Au boulot j’ai des trous dans le cerveau. Incapable de me concentrer, incapable de travailler correctement. Je suis fatigué et las. Irrité, migraineux, tendu et … et … et cette colère dans mon ventre

 

Mais qu’est-ce que je cherche debout dans ma cuisine ? C’est insupportable !! Je ne me souviens pas m’être levé, je ne me souviens pas d’avoir dormi, je ne me souviens pas. Rien. Nuit noire, trou noir. Un comble pour une nuit blanche.

Tiens !! Voilà que j’ai le nez dans le frigo. Au point ou j’en suis ou plutôt au poids ou j’en suis … un sandwich bien gras, bien calorique et l’écran bleu. C’est tout ce dont j’ai besoin maintenant pour me consoler semble-t-il.

Me consoler de quoi … pfffttt… je ne sais pas non plus. Ce que je sais c’est que cela ne fonctionne pas puisque chaque nuit est semblable : je cherche mon sommeil, dans le frigo, dans l’écran bleu, dans le canapé … sans le trouver. Pauvre de moi, j’erre comme une âme en peine

 

Évidemment ma petite voix me souffle que le sommeil n’est pas dans cette fuite éperdue aux quatre coins de mon salon, cette suractivité nocturne.

Mon sommeil est là ou il n’y a pas à le chercher. Il est simplement là. Impossible et absurde de chercher à l’extérieur de moi ce qui fait parti de la nature, du fonctionnement de mon corps !!

 

C’est plus fort que moi. Je crois que je me suis conditionné à avoir peur de dormir. Oui, j’ai peur de dormir.

Une réminiscence de l’enfance ? la veilleuse rassurante … comme la lumière de mon frigo plein, qui me rappelle que j’ai de quoi tenir au cas ou … sait-on jamais ce qui peut se passer !! la veilleuse rassurante … comme celle de mon écran. La veilleuse rassurante qui tient éloigné les monstres divers. Mince, du coup je pense aux monstres tapis dans le noir sous le canapé.

J’ai peur de cette position, allongé, comme ça, comme les morts. Ai-je peur de mourir ? Mourir en dormant ? M’oublier ? Oublier de me réveiller et dormir pour toujours ? Oublier de me souvenir de moi ?

Ou alors j’ai peur qu’il se passe quelque chose ? Un danger ? Mais lequel ? Je vais chercher … ai-je peur de passer à côté de quelque d’important ? Mais quoi ? Une idée ? Une fête ? Je vais chercher…

Parfois quand je suis allongé dans mon lit, les yeux grands ouverts sur la nuit noire, je guette, je guette mon souffle. Est-ce que je respire ? Alors je retiens mon souffle pour vérifier … je l’ai fait si souvent que selon certains spécialistes du non-sommeil, j’ai déréglé ma respiration. J’ai pris des rendez-vous avec ces spécialistes du non-sommeil. Mais aucun n’est spécialiste du sommeil.

Je suis pourtant quelqu’un de cartésien comme on dit … je ne suis pas « fou » … mon comportement me semble bizarre quand même. En plus d’avoir perdu mon sommeil, aurais-je perdu mon bon sens et ma lucidité ? Je fais n’importe quoi avec mon corps. Et voilà que je philosophe sur mes nuits blanches. Je m’agite du bulbe. En vain. Sauf à me faire mal au crâne, mal au ventre et mal au dos.

Moi aussi je suis devenu un super spécialiste. Spécialiste de mes propres tortures. Mon cauchemar c’est moi …

 

– Petits contes à dormir debout – Hélène Delebois

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